19 mars 2020 : SYNDICALISME HEBDO : interview d’Évelyne Rescanières

19 mars 2020 : SYNDICALISME HEBDO : interview d’Évelyne Rescanières, secrétaire générale Fédération CFDT Santé-Sociaux

“LES AGENTS VEULENT SIMPLEMENT DES MOYENS POUR TRAVAILLER !”

L’hôpital public et ses agents sont en première ligne pour affronter la crise sanitaire qui s’annonce.
Peuvent-ils faire face à un événement d’une telle ampleur ?
Il faut saluer le boulot exceptionnel de l’ensemble des professionnels de santé. Ils continuent de se donner sans compter. Comme d’habitude ! Malheureusement, malgré le dévouement et les sacrifices des soignants, il est illusoire de penser que notre système aura les moyens d’absorber la totalité des effets d’une telle situation. La CFDT-Santé-Sociaux le répète depuis des années : nous éprouvons des difficultés pour faire face aux besoins de santé ordinaires… Il faut cesser de se contenter de mesures ponctuelles. Le déplafonnement des heures supplémentaires a été annoncé. Dans le contexte, c’est évidemment une bonne chose mais, dans les faits, ce sont 23 millions d’heures qui sont déjà dues pour l’année 2017. On voit bien que ce n’est plus cohérent.

Notre système de santé, pourtant souvent vu comme l’un des meilleurs au monde, est-il à bout de souffle ?
Cette épidémie est un triste révélateur. On constate, par l’absurde, les conséquences de plusieurs années d’austérité ; on a réduit le nombre de lits, on a multiplié les fermetures de services ou d’établissements de proximité. Les agents sont confrontés à des réorganisations permanentes…
Alors que l’est de la France est fortement touché, les personnels sont inquiets. À l’hôpital de Nancy, par exemple, 17 lits de maladies infectieuses ont été supprimés en trois ans ; 400 postes ont été détruits et 284 lits fermés
entre 2014 et 2017. Pire, 400 suppressions de postes supplémentaires sont prévues d’ici à 2023. Outre un déficit de moyens humains, nous déplorons
un manque global de moyens matériels. Les mobilisations de ces derniers mois aux urgences témoignent de la fatigue et du ras-le-bol des agents. Ils doivent toujours faire plus avec toujours moins. Alors que l’épidémie
progresse, dans la plupart des établissements, nous constatons d’une pénurie de respirateurs, de masques… C’est indigne !

C’est tout le système qui doit être repensé ?
La CFDT-Santé-Sociaux a présenté un plan B. Elle fait des propositions.
Les agents publics sont une richesse. Ils doivent être reconnus pour leur travail et leur engagement. Si leur dévotion n’est plus à prouver, ils ne pourront pas toujours répondent présent. Ils sont épuisés. Les félicitations
et les compliments ne suffisent pas. Les agents ne veulent pas être des héros, ils veulent simplement des moyens pour offrir des soins de qualité aux usagers du service public. Si le virus est inquiétant, la capacité de notre système de soins à faire face l’est aussi. Nous devrons tirer les conséquences de cette crise. Pour l’instant, l’heure est à la mobilisation. D’ici là, cela aidera les soignants, il revient à chacun de respecter les consignes pour limiter la propagation du virus. C’est une aide précieuse
pour les personnels et la meilleure façon de les remercier.

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